Après dix jours d’une crise jamais vue sous une telle ampleur depuis le début de la Vème République, Sébastien Lecornu est finalement toujours à Matignon. Le Premier ministre a présenté le budget 2026 à l’Assemblée nationale le 14 octobre 2025 lors de son discours de politique générale devant les députés. Avec au programme gel des pensions de retraites, nouvelles taxes, et suppressions de niches fiscales, voici ce qu’il faut savoir sur la première copie de ce budget 2026.
Le 6 octobre 2025, Sébastien Lecornu a présenté sa démission au Président de la République, 14 heures seulement après la formation de son gouvernement. S’en est suivi des négociations entre tous les partis pour éviter une dissolution de l’Assemblée nationale, qui plongerait encore plus le pays dans la crise politique. Finalement, Emmanuel Macron renomme Sébastien Lecornu à Matignon. Mais changement de méthode cette-fois ci. La copie de son gouvernement est radicalement différente, avec l’arrivée de nombreuses personnes de la société civile aux postes clés.
Mais aussitôt aux commandes, le gouvernement Lecornu II est déjà menacé de se faire censurer. Pour échapper à la sentence de ses prédécesseurs, l’ancien ministre des Armées sait qu’il va devoir faire des concessions de premier plan. Et une est particulièrement sur les lèvres des socialistes : la suspension de la réforme Borne 2023, la fameuse réforme des retraites. Et la demande est acceptée, puisqu’effectivement, Sébastien Lecornu a confirmé sa suspension jusqu’à la prochaine élection présidentielle, en 2027. Le premier ministre touche donc à la seule grande réforme du second quinquennat Macron, mais ce n’est pas tout.
Le budget 2026 va rimer avec vigueur. Le gouvernement doit baisser la dette abyssale dans le pays sans en même temps toucher à la croissance. Plusieurs mesures pourraient toucher directement votre pouvoir d’achat.
Le gouvernement prévoit en effet un gel des pensions de base pour 2026. Aucune revalorisation donc ne sera appliquée au 1ᵉʳ janvier 2026. Toujours dans l’objectif de faire baisser la dette publique, les retraités conserveront le même montant. Mais l’inflation pourrait réduire le pouvoir d’achat des millions de personnes concernées.
Les prestations familiales et les aides au logement vont être également gelées. Les APL, par exemple, ne progresseraient pas en 2026, contrairement aux années précédentes. Ces non-revalorisations vont dégager 3,6 milliards d’euros d’économie : 2,5 milliards pour la Sécurité sociale et 1,1 milliard pour l’État.
Le barème de l’impôt sur le revenu ne sera pas revalorisé en 2026. Et ce n’est pas rien car 200 000 contribuables de plus pourraient désormais devenir imposables. Tout cela pour un gain total de 1,9 milliard d’euros pour l’État.
Le budget 2026 s’attaque également aux dépenses fiscales. Au total, 23 niches fiscales vont être totalement supprimées sur les 474 existantes :
Le budget de la Sécurité sociale (le PLFSS 2026) table sur un déficit ramené à 17,5 milliards d’euros. Le déficit du budget de la sécurité sociale est de 23 milliards d’euros en 2025. Donc les dépenses de santé continueraient d’augmenter, mais plus lentement. L’ONDAM (objectif national de dépenses d’assurance maladie) atteindrait 270,4 milliards d’euros, soit une hausse limitée à 1,6 %. Des économies sont attendues sur le prix des médicaments et sur la gestion des arrêts maladies, qui ont considérablement augmenté depuis 15 ans.
Une taxe sur les petits colis étrangers est prévue d’être intégrée au budget 2026. Elle prévoit de taxer 2 euros chaque colis expédié par une entreprise située hors Union européenne. Selon le gouvernement, cela représenterait environ 20 % des paquets livrés en France. Et une grande partie de ces petits colis sont souvent expédiés depuis la Chine.
Le budget 2026 prévoit une nouvelle taxe sur les liquides de cigarettes électroniques. De plus en plus populaires depuis de nombreuses années, elles n’étaient soumises à aucune taxe. Et le gouvernement l’a bien compris. Résultat, le texte prévoit une hausse de 0,30 à 0,50 euro pour les fioles de 10 millilitres, selon leur dosage en nicotine
Enfin, l’avantage fiscal prévu au Superéthanol E85 va être réduit. Ce carburant, produit en France par des résidus agricoles, séduit beaucoup d’automobilistes pour son prix bas. En effet, le litre d’E85 s’affiche actuellement autour de 70 centimes. Mais le gouvernement envisage une hausse progressive des taxes, étalées sur plusieurs années. Pour une prévision de 50 centimes par litre.
Le Rassemblement national et la France Insoumise ont chacun déposé une motion de censure contre le gouvernement Lecornu II. Le camp de Marine Le Pen exige une dissolution de l’Assemblée nationale, tandis que le parti de Jean-Luc Mélenchon table carrément sur un départ du Président de la République en personne. Elles seront examinées le 16 octobre 2025 à partir de 9 heures. Avec la concession sur les retraites, les socialistes devraient épargner Sébastien Lecornu, qui est bien parti pour rester quelques jours de plus à Matignon.
En cas de censure ou de blocage répété, il est clair que l’étape suivante est la dissolution de l’Assemblée nationale. Déjà faite en juin 2024 à la suite des élections européennes, les résultats avaient fragmentés le Palais Bourbon en trois blocs, accélérant encore plus la crise politique que le pays connaît aujourd’hui.