Quelles aides financières pour les doctorants en France ?
Article rédigé par
Camille Jouanne
le 11 juin 2026 - 12 minutes de lecture
[Mis à jour le 11/06/2026] Avec près de 70 000 doctorants inscrits en France, le financement de la thèse reste un enjeu central. Selon la discipline, la rédaction d’une thèse peut entraîner plusieurs frais : documentation, déplacements pour des colloques, enquêtes de terrain, impression ou mise en forme du manuscrit. Heureusement, il existe plusieurs types d’aide financière pour les doctorants pour alléger ce fardeau. Voici un guide exhaustif des solutions accessibles en 2026.
Le système français propose plusieurs mécanismes de financement public, souvent méconnus des doctorants. Gérées par différents ministères et collectivités, ces aides peuvent financer la rémunération du doctorant, une partie des frais de recherche, des mobilités ou des dépenses ponctuelles liées à la thèse. Les plus connues sont les suivantes.
Le contrat doctoral, pilier du financement
Instauré en 2009, le contrat doctoral reste la principale source de financement pour les doctorants.
En 2026, la rémunération minimale du contrat doctoral de droit public est de 2 300 € brut par mois pour une activité de recherche seule. Les missions complémentaires, comme l’enseignement, donnent lieu à un complément de rémunération calculé selon le nombre d’heures effectuées.
L’attribution d’un contrat doctoral suit un processus compétitif. Les critères prioritaires incluent :
l’excellence académique ;
l’inscription dans une École Doctorale (ED) accréditée.
En 2024, 81 % des doctorants inscrits en première année bénéficiaient d’un financement dédié pour leur thèse. La répartition était de 31 % via un contrat doctoral sur dotation ministérielle, 8 % via une CIFRE et 42 % via d’autres financements.
Les allocations spécifiques du Ministère
D’autres financements publics peuvent provenir de contrats de recherche, de l’ANR, de France 2030, des organismes nationaux de recherche, de programmes spécifiques comme la DGA, le CNES ou les Cofra, ou encore de dispositifs destinés aux doctorants internationaux.
Allocation thèse doctorat : quelle aide des régions ?
Les régions peuvent aussi financer une thèse, mais rarement sous la forme d’une aide versée directement au doctorant. Dans la majorité des cas, elles cofinancent des contrats doctoraux, des allocations de recherche ou des mobilités via les universités, écoles doctorales, laboratoires ou organismes de recherche. Les dispositifs varient fortement selon les territoires. Voici quelques aides régionales existantes en 2026 :
Île-de-France : Paris Region PhD 2026. La Région Île-de-France cofinance des allocations doctorales de recherche sur 36 mois. Le financement régional est compris entre 100 000 € et 120 000 € maximum par doctorant. Le projet doit associer un laboratoire académique et un partenaire socio-économique établis en Île-de-France, avec un sujet comportant une dimension numérique. Le candidat doit être titulaire d’un master 2 ou équivalent, ne pas déjà être titulaire d’un doctorat, s’inscrire en première année dans une école doctorale francilienne à la rentrée 2026-2027 et commencer sa recherche doctorale au plus tard en janvier 2027.
Bretagne :
Allocations de Recherche Doctorale (ARED) 2026. La Région Bretagne cofinance les projets de thèse à hauteur de 50 %, sur la base d’un montant annuel de 40 000 €, soit 20 000 € par an et par projet. L’assiette éligible est fixée à 120 000 € sur 3 ans, correspondant au salaire du doctorant, salaire brut et charges comprises. L’aide couvre uniquement les coûts salariaux : les frais de déplacement, équipements, consommables ou frais d’environnement du laboratoire ne sont pas pris en charge. Le doctorant doit être inscrit dans un établissement implanté en Bretagne et les travaux doivent se dérouler dans un laboratoire de recherche rattaché à un établissement situé en Bretagne. Le projet doit durer au maximum 3 ans et être soumis au régime du contrat doctoral.
Mobilité doctorale internationale sortante. La Région Bretagne participe aussi à un programme de mobilité internationale pour les doctorants inscrits dans un établissement breton. L’aide est de 800 € par mois de séjour, pour un séjour scientifique de 2 mois minimum, dans la limite de 6 mois financés, soit 4 800 € maximum. Une bonification de 400 € peut être accordée en cas de recours au train. Le départ doit avoir lieu avant le 1er novembre 2026 et le séjour doit être accepté par le laboratoire d’origine et par le laboratoire d’accueil à l’étranger.
Nouvelle-Aquitaine : appel à projets Recherche 2026. La Région Nouvelle-Aquitaine peut participer au financement d’allocations doctorales dans le cadre de son appel à projets Recherche. Pour les allocations doctorales, l’aide régionale est fixée à 50 % maximum de l’assiette éligible sur 3 ans. Elle peut atteindre 100 % maximum pour les thèses encadrées par de jeunes chercheurs ou jeunes chercheuses, selon les conditions prévues par l’appel à projets. Les bénéficiaires sont les organismes publics de recherche, établissements publics d’enseignement supérieur et établissements d’enseignement supérieur consulaires implantés en Nouvelle-Aquitaine, disposant d’équipes évaluées par le HCERES. Les projets doivent notamment présenter un ancrage régional, une dimension collaborative et des perspectives d’application ou de valorisation en Nouvelle-Aquitaine.
Occitanie : appel à projets EMERGENCE 2026. L’appel à projets EMERGENCE de la Région Occitanie vise notamment le cofinancement de bourses de thèse sur des sujets nouveaux ou peu explorés. Le taux d’intervention est de 50 % maximum des dépenses éligibles, avec des dépenses plafonnées à 100 000 € par projet. Les bénéficiaires éligibles sont les établissements publics d’enseignement supérieur et de recherche, les organismes de recherche et certains établissements privés chargés de missions de service public, à condition que leur recherche soit évaluée par le HCERES. Le projet doit encourager la prise de risque scientifique, les collaborations interdisciplinaires et le développement de la recherche dans les territoires.
Pays de la Loire : allocations doctorales cofinancées. La Région Pays de la Loire cofinance des allocations destinées aux doctorants implantés sur le territoire régional. Pour le volet “Enjeux sociétaux”, l’aide peut représenter 50 % du coût salarial brut chargé, plafonné à 60 000 €. L’inscription doit se faire dans une école doctorale régionale et les travaux doivent être conduits ou encadrés dans un laboratoire ligérien évalué par le HCERES. La demande doit être déposée avant l’inscription du doctorant en thèse, le cofinancement doit être acquis avant le dépôt du dossier, et les thèses en médecine ou en recherche clinique ne sont pas éligibles.
Pays de la Loire : thèses tandem aux thèses CIFRE. La Région Pays de la Loire propose aussi un volet “Thèses tandem aux thèses CIFRE”. Il s’agit de soutenir une thèse en laboratoire, dite “tandem”, portant sur un sujet exploratoire lié à une thèse CIFRE ou à un doctorat de droit privé. L’aide représente 50 % de la rémunération du doctorant, dans la limite de 55 000 €, avec un forfait de mobilité et d’environnement de 3 000 €. Le dossier doit être déposé avant l’inscription du doctorant en thèse et, pour une thèse tandem, avant l’échéance des 24 mois suivant le début de la thèse CIFRE.
Normandie : dispositifs Soutien Doctorants 50 % ou 100 %. La Région Normandie finance des dispositifs “Soutien Doctorants 100 %” et “Soutien Doctorants 50 %” dans le cadre de Normandie Recherche 2026. Ces dispositifs s’adressent aux établissements d’enseignement supérieur et de recherche implantés en Normandie, ainsi qu’aux organismes de recherche, CHU, centres de lutte contre le cancer, centres techniques et collectivités éligibles. Les dossiers 2026 ont suivi un calendrier régional unique, avec une campagne de dépôt ouverte du 15 décembre 2025 au 23 janvier 2026.
Hauts-de-France : bourse doctorale Fulbright – Hauts-de-France. Pour une mobilité de recherche aux États-Unis, le programme Fulbright – Hauts-de-France permet à des doctorants français inscrits en thèse dans une institution de la région Hauts-de-France de bénéficier d’une bourse de 2 200 dollars par mois. La durée est de 4 à 12 mois, avec jusqu’à 4 bourses pour le cycle 2026-2027. Le départ doit avoir lieu entre le 1er août 2026 et le 1er mai 2027. La bourse est cumulable avec un salaire doctoral français.
Important
Ls candidatures à ces aides régionales passent le plus souvent par l’établissement, le laboratoire, l’école doctorale ou le directeur de thèse. Avant de déposer un dossier, il est donc recommandé de vérifier le calendrier de la région, les critères de l’appel à projets et les règles internes de son établissement.
Les financements universitaires et laboratoires
Les établissements d’enseignement supérieur disposent de leviers financiers complémentaires aux aides nationales. Il en est de même pour les unités de recherche.
De nombreuses universités, écoles doctorales et laboratoires disposent de dispositifs internes : aides à la mobilité, soutien à la participation à des colloques, financement de terrain, aide à la publication ou fonds ponctuels.
L’aide du CROUS
En cas de difficulté financière ponctuelle, un doctorant inscrit dans l’enseignement supérieur peut aussi se rapprocher du CROUS pour demander une aide spécifique ponctuelle. Cette aide est attribuée après évaluation sociale et peut être accordée aux boursiers comme aux non-boursiers.
Les CIFRE, une passerelle vers l’entreprise
Le dispositif CIFRE (Conventions Industrielles de Formation par la Recherche) est géré par l’ANRT (Association Nationale Recherche Technologie). Il affiche une croissance remarquable avec 1 872 conventions signées en 2023. Cela représente une hausse de 14 % par rapport à l’année 2022.
Concrètement, le CIFRE offre une alternative intéressante aux parcours purement académiques. Ce système d’aide financière permet en effet à une entreprise de recruter un doctorant tout en bénéficiant d’un crédit d’impôt.
En CIFRE, l’entreprise recrute le doctorant en CDD ou CDI. Le salaire minimum est de 27 600 € brut par an en 2026. L’entreprise reçoit une subvention annuelle de 14 000 € pendant trois ans, soit 42 000 € au total. À cette subvention peut s’ajouter le crédit d’impôt recherche, sous conditions.
Les secteurs les plus pourvoyeurs sont :
l’informatique : 32 %
l’ingénierie : 28 %
la santé : 15 %
Les fonds d’urgence, une aide financière pour les doctorants mal exploitée
OUI ! Peu d’étudiants le savent, mais la plupart des écoles doctorales gèrent des fonds réservés aux situations critiques.
Certaines écoles doctorales, universités ou laboratoires proposent des aides ponctuelles : impression du manuscrit, mobilité, colloques, terrain, publication ou situation d’urgence. Les conditions varient selon l’établissement : il faut se renseigner auprès du secrétariat de l’école doctorale, du laboratoire ou du service social étudiant.
Malheureusement, ces aides financières pour doctorants restent souvent sous-utilisées par manque de communication. Avant la rédaction de votre thèse, pensez donc à vous renseigner auprès de :
Une aide financière pour les doctorants via les bourses et les fondations privées
Les deux principales options sont :
le mécénat scientifique ;
le crowdfunding.
Le mécénat scientifique, une solution d’aide financière pour doctorants en plein essor
La FMSH propose notamment le programme Atlas, qui finance des mobilités postdoctorales de courte durée en sciences humaines et sociales. Ce dispositif concerne donc surtout les postdoctorants, et non le financement général d’une thèse.
Certaines fondations sectorielles proposent également des financements ciblés. Ils sont souvent plus élevés, allant jusqu’à 10 000 € annuels pour certaines disciplines.
Aujourd’hui, vous pouvez même prétendre à des aides financières pour doctorants auprès des entreprises du CAC40. Par exemple la fondation L’Oréal : le programme Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO “Pour les Femmes et la Science” s’adresse aux doctorantes et post-doctorantes. Les dotations sont de 15 000 € pour les doctorantes et 20 000 € pour les post-doctorantes.
Astuce : Prenez le temps de faire des recherches approfondies pour être sûr de trouver le financement le mieux adapté à vos besoins.
Le crowdfunding, une solution innovante
Le crowdfunding convient mieux aux sujets grand public. Toutefois, il nécessite un investissement en temps.
Pour vous simplifier la vie, privilégiez les plateformes spécialisées qui vous permettent de lancer des campagnes de financement dédiées aux thèses. Tel est notamment le cas de KissKissBankBank : 37 campagnes réussies en 2023.
Exemple : Un doctorant en archéologie a levé 23 000 € pour des fouilles en Égypte via une campagne virale.
Comment augmenter vos chances d’obtenir une aide financière pour doctorants ?
Sans une approche méthodique et anticipée, vous aurez du mal à obtenir un financement pour la rédaction de thèse. Pour vous aider, voici quelques conseils pratiques.
Constituez un dossier compétitif
Afin d’octroyer une aide financière aux doctorants, les commissions d’attribution examinent trois critères principaux :
l’excellence académique ;
la faisabilité du projet ;
l’impact scientifique.
En ce qui concerne votre plan de travail, il doit détailler les éléments ci-après :
un calendrier réaliste (étape par étape) ;
des méthodologies éprouvées ;
des livrables concrets (articles ou colloques)
Personnalisez votre candidature
Vous aurez plus de 30 % de réussite en élaborant un dossier adapté à chaque appel. Pour ce faire, essayez la méthode des 3 correspondances. Cela consiste à :
relier explicitement votre sujet aux priorités de l’appel ;
adapter votre vocabulaire au financeur (ex : innovation pour une entreprise) ;
chiffrer précisément chaque poste de dépenses.
Exploitez les réseaux scientifiques
Vous pouvez par exemple vous adresser à un laboratoire. Votre objectif : demander les statistiques des financements obtenus par l’équipe.
N’hésitez pas non plus à contacter d’anciens doctorants afin d’obtenir leurs modèles de dossiers. Vous pouvez même vous rendre auprès de certaines associations qui proposent des ateliers gratuits. Tel est notamment le cas de :
ADDES ;
ANCMSP.
Anticipez les recours
En cas de refus, demandez systématiquement un feedback. Pensez également à vérifier les listes complémentaires et à explorer les fonds de report.
Responsable éditoriale chez Mes Allocs, je rejoins l'équipe en février 2024 après une expérience en agence web. Je suis spécialisée sur les sujets liés aux aides sociales, aux impôts, à la Sécurité Sociale et à la retraite. Mon rôle est de garantir la qualité, la pertinence et la cohérence des contenus publiés. J'accompagne les rédacteurs et rédactrices de l’idée à la publication, avec le souci du détail. Ma priorité : proposer des contenus fiables, engageants et pensés pour les lecteurs.
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